La vie de la Brasserie Toussaint au temps du Covid-19

31 Mar La vie de la Brasserie Toussaint au temps du Covid-19

Alors que la menace d’un troisième confinement plane plus que jamais au-dessus nos têtes, il est encore des raisons d’espérer. La situation n’est certes pas des plus simples, mais elle a le mérite de bousculer nos acquis, de forcer la réflexion sur notre travail, nos produits et notre entreprise. 

Voici comment la Brasserie Toussaint, à sa petite échelle, fait face.

Aucune solution miracle bien évidemment, seulement des idées et une motivation toujours intacte.

 

      Un constat sans appel

 

Comme beaucoup de secteurs, le monde de la brasserie est touché de plein fouet par la crise qui secoue le monde entier. 

En ce qui nous concerne, le réseau CHR (café, hôtel, restaurant) représentait plus de 95% de notre distribution, en fût et en bouteille. Fermés par le premier confinement rouvert l’été, las, fermés de nouveau pour une durée indéterminée. Que faire donc ?

Les aides proposées sont multiples, et il est possible de les obtenir de haute lutte, au prix de longs mois d’attente à transpirer de plus en plus en regardant la trésorerie fondre comme neige au soleil. Ça aide, ça peut sauver, mais est-ce la meilleure des solutions, pour nous comme pour la société ?

On peut aussi tenter de se réinventer pour avancer malgré la crise. Avons-nous exploré tous les marchés, pouvons-nous trouver des solutions pour ne pas perdre les fûts dont la DDM approche à grand pas ? 

La faible activité nous laisse du temps pour réfléchir et expérimenter, alors profitons-en !

 

      Des solutions à court terme

 

Les premiers moments d’angoisse ont vite fait place à un unique mot d’ordre : Agir !

Quelle était l’urgence ? Vendre ! Mais comment ? Restaurants et bars fermés, les instants de convivialité propices à la consommation de bonnes bières restreints à leur strict minimum, comment toucher le consommateur final ? Comment écouler les stocks qui s’accumulaient en vue de la saison estivale ?

 

Adaptation

Il a fallu nous adapter à la situation, à ces nouveaux modes de consommation qui allaient inévitablement se mettre en place. 

Pour cela nous sommes allés à la rencontre du consommateur, directement chez lui. 

Mais ce n’était pas si simple. Il a fallu dans un premier temps rediriger la production sur de nouveaux formats. La bouteille de 33cl tout d’abord, les mini-fûts de 5l ensuite. Cette offre originale, adaptée aux barbecues et apéritifs en petit comité, a connu un vif succès.

 

Pour commercialiser nos bières via ce nouveau canal, il a fallu mettre en place un site de e-commerce, en ligne dès le premier jour du confinement (!).

Il a fallu également communiquer autour de cette nouvelle offre.

Il a fallu enfin adapter notre logistique de préparation de commande et de livraison, tout en respectant les exigences sanitaires.

 

De sacrés défis à relever, mais qui ont permis de passer sans trop d’encombres la première phase de cette crise.

 

Partage

La disparition, temporaire nous l’espérons, des lieux de convivialité pour freiner la propagation du Covid-19 nous a fait perdre nombre d’occasions de présenter notre métier, notre savoir-faire, et de partager notre passion. Nous avons donc accru notre présence sur les réseaux sociaux pour continuer à partager ce qui nous unit à nos consommateurs.

 

Désormais, nous partageons plusieurs fois par semaine notre quotidien de brasseur sur Instagram et Facebook.

 

Solidarité

Nous pouvons nous battre pour maintenir notre activité, tous n’ont pas cette chance. Mais notre travail ne sauve pas de vies. 

Il était important pour nous de marquer notre solidarité envers ceux qui, eux, luttent pour en sauver et nous sortir rapidement de cette crise.

Nous avons donc rapidement rejoint le projet alltogether.beer , initié par la brasserie américaine Other Half Brewing Company. 

L’idée était simple, produire une bière partout dans le monde selon une recette unique, et reverser une partie des bénéfices pour soutenir le milieu hospitalier. Nous avons donc produit 6000 bouteilles, et reversé une partie à Collectif Solidaire, collectif de chefs qui livrait des repas au personnel hospitalier.

 

 

Anticipation

  Quand survint le deuxième confinement, nous n’étions plus surpris et nous avions anticipé.

 

Nouvelles compétences

La solution trouvée en mars a été remise en place, mais avec moins de succès. 

Si nous avions été les premiers en Ile-de-France à proposer cette logistique de livraison à domicile, adaptée à la situation, nous avons depuis été rejoints par nombre d’autres brasseries, et nous sommes retrouvés noyés parmi l’offre pléthorique de bières de qualité.

C’est alors que Benjamin, commercial de son état, a rejoint l’aventure en pleine crise. Son rôle : mettre en place une nouvelle stratégie commerciale adaptée aux contraintes engendrées par la situation. Il nous a apporté tout son savoir-faire et son réseau, et enchaîne les rendez-vous et dégustations auprès de différents acteurs dont l’activité peut être maintenue.

Depuis son arrivée, Il nous a fait référencer chez plus d’une trentaine d’épiceries et de cavistes indépendants (!).

 

 

 

Nouvelles créations

Nous avons aussi anticipé la création de nouvelles recettes de bières originales. 

La nouveauté incitant à redécouvrir sans cesse la brasserie, et à repasser commande. C’est ainsi que sont nées les deux bières « Family Business » (une lager au sarrasin et houblon frais cultivé par la maman de Guillaume, et une bière au moût de raisin du domaine de la sœur de Clément), la « Baïkal » (Imperial porter), ou encore la « Bière de Noël », version 2020 (Kveik au thé Russian Earl Grey). 

La « Double Louise » a aussi fait un retour fracassant, tout comme la très demandée “Spot 78”, dans une version encore plus houblonnée.

 

 

Une offre de coffret cadeau

A l’approche des fêtes de fin d’année, nous avons lancé un coffret cadeau, un magnifique pack conçu à côté de la brasserie par les cartonnages Duthoit, dessiné par l’agence Blend, et contenant 6 bières et un verre 33cl siglé du logo de la brasserie. 

Un projet sur lequel Clément a travaillé de longues semaines, et qui a vu le jour à temps pour que nombre de passionnés puissent retrouver leurs bières au pied du sapin.

 

Innovation

Enfin, le « dry january » prenant de l’ampleur, nous avons travaillé à partir du mois d’août pour proposer une bière IPA sans alcool*, qui jouit d’un certain succès. Le marché de la bière sans alcool est en pleine expansion, et le développement d’un tel produit était un challenge technique excitant.

Ce fût un travail de longue haleine, de recherche et d’expérimentation pour arriver à proposer une bière à seulement 0,9% d’alcool, mais qui ait du goût. Après quelques tests plus ou moins fructueux, nous y sommes parvenus !

 

 

*selon la législation française à date, une bière sans alcool est une bière qui contient moins de 1,2% d’alcool.

 

      Détruire n’est peut-être pas la meilleure solution !

 

Nous en venons au problème qui fait l’actualité dans les médias à propos des fûts de bière impossible à écouler. Une aide à la destruction de 4,5 milliards d’euros est en passe d’être débloquée pour aider la filière. Peut-être qu’elle permettra à certaines entreprises de passer le cap, et c’est tant mieux.

Mais le fait est que cette aide ne couvrira dans notre cas absolument pas les frais de destruction. Et alors que l’anti-gaspi est dans toutes les bouches, est-il pertinent de n’avoir pour seule solution que la destruction ? Une telle crise justifie-t-elle que nous oublions tout des belles promesses faîtes à l’environnement ? Ne vaudrait-il pas mieux mettre un maximum d’énergie à trouver comment -au moins- moins détruire ?

 

La célèbre citation apocryphe de Lavoisier résonne encore dans nos cerveaux de scientifiques : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » Tout se transforme… Et pourquoi pas nos fûts de bière ?

 

Partant de ce principe nous nous sommes mis à chercher. Nous avons exploré plein de pistes, auprès d’artisans locaux, pour essayer de trouver des solutions innovantes et viables. Certaines étaient malheureusement trop coûteuses pour notre trésorerie fragilisée, et ne verront pas le jour tout de suite. 

Cependant nous tirons un grand coup de chapeau à nos collègues artisans, qui ont accepté de travailler de concert avec nous et nous ont proposé de superbes produits.

Certains produits sont heureusement en cours de développement, et devraient être commercialisés dans les semaines à venir. Tous seront fabriqués localement par des artisans, et constitués de notre bière « à détruire». 

 

Nous n’avons certes pas encore trouvé le moyen de transformer tous nos fûts, mais chaque fût transformé est une petite victoire.

 

      Et maintenant, où va-t-on ?

 

Nous ne sommes pas tirés d’affaire, loin de là. L’avenir est plus que jamais incertain au regard de la situation épidémique.

Cependant, nous avons toutes les raisons de croire que nous sommes armés pour sortir de cette crise par la grande porte. Jusqu’à présent, nous avons réussi à force de travail et de réactivité à tirer notre épingle du jeu. Surtout, nous tentons de tirer des enseignements de ce que nous vivons actuellement, afin de devenir plus forts.

Résolument tournés vers l’avenir, nous allons tout mettre en œuvre pour continuer à croître, à proposer des bières de qualité, à apporter notre petite patte au maintien du bon vivre et de la convivialité.

 

Nous attendons avec impatience que nos amis restaurateurs puissent ouvrir à nouveau, afin d’avoir le plaisir de trinquer avec eux ! 

Nous sommes là, de tout cœur avec vous, et nous serons là, quand enfin nous parlerons de ce fichu virus au passé, pour reprendre avec vous cette collaboration temporairement suspendue.